Ambassade de Syldavie en France

L'histoire de la Syldavie, petit pays européen, se confond avec celle de ses ombrageux voisins: la Croatie, l'Albanie, le Monténégro, la Serbie, le Kosovo, la Macédoine, la Grèce, la Bosnie-et-Herzégovine, la Bordurie, la Slovénie, la Roumanie, la Hongrie, la Turquie, la Moldavie, la Bulgarie et la Belgique.
Au coeur de cette mosaïque de peuples, de langues et de religions, la Syldavie se distingue à peine sur les cartes; si certains la situent quelque part entre les rives de la Neretva, d'autres l'imaginent flottant sur un Danube ensablé. On la cherche parfois dans les creux de Bruxelles, entre Flandres et Wallonie, quand l'inflexion d'un accent laisse une impression d'étrangeté. La Syldavie se glisse dans les interstices de la géographie et de l'histoire.
Longtemps monarchique, puis socialiste, la Syldavie est aujourd'hui une jeune démocratie en transition, candidate à l'Union Européenne.

mardi 7 octobre 2008

Sarajevo Insurrection

C'est à travers l'excellent site du think tank ESI (European Stability Initiative) que je découvre Dubioza Kolektiv, un groupe contestataire sarajévien:



Petit décryptage à la volée: les diverses figures en trois exemplaires, et le dragon à trois têtes, représentent l'actuel système politique bosnien, et sa triple présidence collégiale (bosniaque, croate et serbe); l'édifice que le dragon attaque (la tour de verre) est le parlement de Bosnie-et-Herzégovine à Sarajevo. La carte multicolore qui sert de toile de fond montre le découpage ethnique de la Bosnie à l'issue des accords de Dayton: on y voit les deux entités, dont la Republika Srpska en rouge, et la Fédération avec ses cantons à majorité ethnique.

Le groupe exprime sa frustration du maintien d'un système qui est au fond la validation d'un nettoyage ethnique (la ligne inter-entités correspond à la ligne de front au moment des accords, pas vraiment à une réalité démographique pré-existante).

Ce qui est terriblement frustrant pour les Bosniens non-nationalistes, c'est que ce système déplace tout le jeu politique au niveau ethnique, et qu'il est très difficile de promouvoir une vie politique plus large.

A l'heure actuelle par exemple, un seul parti politique (social-démocrate) fonctionne dans les deux entités à la fois, tous les autres partis sont intra-entités (Republika Srpska ou Fédération) ou intra-communautés (serbes, bosniaques ou croates), ce qui limite les possibilités d'une politique sociale-démocrate cadrée sur l'intérêt général de la Bosnie dans sa totalité et non pas sur l'intérêt seulement "entitaire" ou identitaire...

A l'époque de Dayton évidemment, cette solution de découpage territorial est venue arrêter une campagne massive de déracinement des populations et de génocide, et toute autre proposition (laisser les chefs de guerre serbe pousser encore les lignes?) était pire. Je renvoie ici à l'hallucinante interview d'un dirigeant serbe de Bosnie (toujours maire de Trebinje je crois) où il raconte comment il s'est entendu avec un dirigeant croate sur un partage de la Bosnie entre la Serbie et la Croatie. Les deux hommes tombent assez vite d'accord sur la frontière "naturelle" de la rivière Neretva, et le Croate demande alors: "Mais, et les Musulmans?". A quoi le Serbe répond qu'à ce "demi-peuple" appartient l'espace entre les deux: DANS la Neretva. Les deux hommes rient et reprennent du café.

Dayton a mis un coup d'arrêt à ce genre d'ambition, tout en les validant jusqu'à un certain point; et le jeu politique bosnien en reste prisonnier. Et le maintien d'un "protectorat" international ne fait malheureusement que renforcer cette sclérose.

Dans la même ligne de réflexion, un article d'Allan Little, de la BBC, dénonce l'héritage politique de Karadzic dans cette Bosnie divisée, fragmentée, ethnicisée:
Karadzic's broken Bosnia remains

L'amertume de cette conclusion éclaire largement le discours et les raccourcis visuels désabusés de Dubioza Kolektiv au sujet des élections. Leur radicalité n'est pas nihiliste: elle cherche a bousculer un système bloqué.

Aucun commentaire: